30 Mar Entre inondations et sécheresses : l’indicateur qui pourrait mieux expliquer ce qui arrive à l’eau à l’ère du changement climatique
Selon cet indicateur, les régions arides pourraient être plus proches de la ligne rouge écologique qu’on ne le pensait auparavant
« Quelle quantité de pluie est tombée ? » est une question essentielle dans toute discussion sur le climat. Mais il en existe peut-être une autre encore plus importante. À l’instar du budget d’un ménage, l’économie mondiale de l’eau repose sur les « recettes », c’est-à-dire l’eau qui entre dans le système sous forme de précipitations, et les « dépenses », c’est-à-dire l’eau qui quitte le système sous diverses formes d’évaporation. Sur terre, l’eau s’évapore principalement par le biais de la végétation, dans un processus appelé évapotranspiration.

Dans une étude récemment publiée dans Nature Communications, des scientifiques de l’Institut Weizmann des sciences ont découvert que, contrairement aux hypothèses précédentes, l’évapotranspiration a une limite supérieure stable, qui reste constante dans différentes conditions climatiques et végétales.
La découverte du manque de flexibilité des dépenses a des implications majeures pour le cycle mondial de l’eau. Cela signifie que même un changement relativement faible des précipitations, par exemple, résultant du changement climatique, pourrait se traduire par des changements disproportionnés dans le « rendement hydrique », c’est-à-dire la différence entre l’eau entrant dans le système et l’eau perdue par évaporation. En d’autres termes, les régions arides pourraient perdre leurs sources d’eau disponibles beaucoup plus rapidement, tandis que les régions plus humides pourraient être confrontées à un risque accru d’inondations et de crues soudaines.

(l-r) Dr. Eyal Rotenberg and Prof. Dan Yakir
L’équipe de recherche, dirigée par le Dr Eyal Rotenberg, scientifique au sein du groupe du professeur Dan Yakir, lauréat du prix Israël, a basé son étude sur les projections de modèles climatiques et sur les données à long terme de FLUXNET, un réseau mondial de stations de mesure réparties sur des centaines de sites à travers le monde qui surveille depuis les années 1990 les échanges de carbone (CO₂), d’eau et d’énergie entre les écosystèmes terrestres et l’atmosphère. Leurs conclusions remettent en question les hypothèses dominantes dans ce domaine et suggèrent que, lorsqu’il s’agit de comprendre les impacts du changement climatique sur les écosystèmes et les ressources en eau, les changements dans la disponibilité de l’eau constituent un indicateur plus significatif que les seules précipitations.
La Science en Chiffres
Plus de 60 % des précipitations tombées sur les terres émergées retournent dans l’atmosphère par évapotranspiration, c’est-à-dire l’évaporation de l’eau contenue dans les plantes dans le cadre du processus de photosynthèse. Dans les régions arides, ce chiffre peut atteindre près de 100 %.