29 Avr Du cancer à la maladie d’Alzheimer : des cellules immunitaires modifiées réduisent les plaques dans le cerveau
Après avoir révolutionné le traitement des cancers du sang, l’approche CAR-T développée à l’Institut Weizmann s’avère désormais prometteuse dans un modèle murin de la maladie d’Alzheimer.
Un traitement contre le cancer qui a révolutionné la prise en charge des hémopathies malignes pourrait-il également offrir de nouvelles perspectives pour la maladie d’Alzheimer ? Il y a plus de trente ans, le professeur Zelig Eshhar de l’Institut Weizmann des Sciences, décédé à l’été 2025, a jeté les bases d’un nouveau type de traitement contre le cancer basé sur la modification génétique des cellules immunitaires d’un patient afin de cibler des molécules spécifiques dans l’organisme. Dans une nouvelle étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), une équipe de recherche internationale dirigée conjointement par des scientifiques de l’Institut Weizmann des Sciences et de la Faculté de Médecine de l’Université de Washington à Saint-Louis présente la première utilisation du CAR-T dans le traitement de la maladie d’Alzheimer. Ce traitement a donné des résultats prometteurs chez un modèle murin de la maladie d’Alzheimer, ouvrant potentiellement la voie au traitement de la maladie d’Alzheimer et d’autres troubles neurodégénératifs.

(g-d) Prof. Ido Amit and Prof. Jonathan Kipnis
Avec le vieillissement de la population mondiale, les maladies neurodégénératives, dont la maladie d’Alzheimer, constituent un défi de santé publique de plus en plus grave. L’efficacité des traitements existants, y compris ceux approuvés ces dernières années, n’est pas encore clairement établie, et il existe un besoin urgent de nouvelles approches thérapeutiques. L’une des principales caractéristiques de la maladie d’Alzheimer est l’accumulation de plaques de protéine bêta-amyloïde dans le cerveau, accompagnée de signes d’inflammation dans les tissus cérébraux.
L’équipe de recherche dirigée par le professeur Ido Amit du Département d’Immunologie Systémique de Weizmann et le professeur Jonathan Kipnis de WashU Medicine, et menée par le Dr Pavle Boskovic, chercheur postdoctoral à WashU Medicine, a isolé des cellules T du système immunitaire de souris en bonne santé et les a génétiquement modifiées pour qu’elles reconnaissent et réagissent aux protéines amyloïdes dans le cerveau. Les chercheurs ont ensuite injecté ces cellules modifiées à des souris dont le cerveau contenait déjà des plaques amyloïdes bêta caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Les injections ont entraîné une réduction significative des dépôts amyloïdes, ainsi qu’une diminution des marqueurs de l’inflammation des tissus cérébraux.

Prof. Zelig Eshhar, 2014
« Nous présentons la première approche utilisant des cellules CAR-T pour traiter une maladie neurodégénérative », a déclaré le professeur Kipnis, qui a obtenu son doctorat à l’Institut Weizmann. « Elle représente une avancée prometteuse dans la recherche de nouveaux traitements contre la maladie d’Alzheimer. Tout aussi prometteuse est la perspective d’adapter ces cellules polyvalentes pour administrer des agents thérapeutiques destinés à traiter différentes maladies neurodégénératives autres que la maladie d’Alzheimer, notamment la sclérose latérale amyotrophique (SLA) et la maladie de Parkinson. »
« Dans le cadre d’études futures, nous espérons démontrer l’utilité des cellules T modifiées pour améliorer la récupération après des lésions cérébrales graves et favoriser la régénération des tissus cérébraux », révèle le professeur Amit. « Ces futures découvertes devraient renforcer l’idée selon laquelle la technologie CAR-T peut servir de plateforme thérapeutique globale pour les maladies cérébrales, des tumeurs cancéreuses aux accidents vasculaires cérébraux en passant par les maladies neurodégénératives chroniques. »
La Science en Chiffres
L’Organisation mondiale de la santé estime que plus de 55 millions de personnes (8,1 % des femmes et 5,4 % des hommes âgés de plus de 65 ans) sont atteintes de démence. Ce chiffre devrait passer à 78 millions d’ici 2030 et à 139 millions d’ici 2050