TOOKAD®, une invention de l’Institut Weizmann des Sciences pour le traitement du cancer de la prostate, est commercialisé en Allemagne, en Italie, en Israël et au Mexique


Les fibres optiques de TOOKAD® n’illuminent que les zones cancéreuses, laissant les tissus sains dans l’ombre

Steba Biotech, une compagnie privée, en collaboration avec des scientifiques de l’Institut Weizmann des Sciences, a mené un vaste programme de recherche et développement sur TOOKAD®, et a reçu une autorisation de mise sur le marché pour 31 pays européens. Suite à cette autorisation réglementaire, les premiers patients sont traités dans des centres médicaux israéliens, allemands, anglais et italiens.

De plus, un centre de formation pour les urologues qui souhaitent utiliser cette technologie a été créé en France à l’Hôpital Universitaire d’Angers par le professeur Azzouzi.

Chaque année en Europe, on diagnostique environ 365 000 cas de cancer de la prostate entrainant le décès de 77 000 patients. Plus de 35% des patients sont diagnostiqués aux premiers stades de la maladie qui présente alors peu de risques : ces patients ont un pronostic vital bien supérieur à ceux diagnostiqués dans les stades plus avancés, les stades métastatiques de la maladie. Mais ces hommes font face à un choix difficile : subir une chirurgie invasive ou des rayons, les deux ayant très souvent de sérieux effets secondaires comme des dysfonctions érectiles ou une incontinence urinaire. Ils peuvent également adopter une « surveillance active » en suivant la progression du cancer, retardant la mise en œuvre des traitements plus radicaux. Cette dernière approche permet de préserver la qualité de vie du patient aussi longtemps que possible, mais est bien plus risquée car elle n’empêche pas la progression du cancer.

La Thérapie Vasculaire Photodynamique Ciblée (ou VTP de l’anglais « Vascular Targeted Photodynamic therapy ») avec le TOOKAD® offre une solution intermédiaire peu invasive. Elle permet de préserver l’intégrité et la fonctionnalité des tissus sains de la prostate, en faisant uniquement l’ablation du lobe qui contient des tissus cancéreux. La sûreté et l’efficacité de la VTP avec TOOKAD® ont été démontrées par un essai comparatif aléatoire réalisé sur 413 patients dans 10 pays (Azzouzi, et al. Lancet Oncol., février 2017). Le TOOKAD® enraye la progression du cancer et repousse la nécessité de thérapies plus radicales, préservant ainsi les fonctions urinaires et érectiles chez la plupart des patients traités. Suite à la récente autorisation de mise sur le marché accordée par la Commission européenne, Steba Biotech, qui produit le TOOKAD®, fournit ce traitement à un certain nombre de centres médicaux européens de premier plan.

La méthode VTP TOOKAD® a été inventée par le professeur Avigdor Scherz du Département des Sciences environnementales et botaniques, et le Profeseur Yoram Salomon du Département de Régulation biologique, au sein de l’Institut Weizmann des Sciences. Elle a ensuite été transposée en un usage clinique grâce à une collaboration avec Steba-Biotech qui a pris en charge le développement clinique dans le cadre des premiers essais cliniques randomisés de phase III menés avec succès sur des cancers de la prostate à faible risque.

Comment cela fonctionne ? TOOKAD® est un nouveau médicament dérivé de la chlorophylle des bactéries aquatiques récolteuses de lumière (bactériochlorophylle). Après son administration par intraveineuse (IV), le TOOKAD® s’associe avec l’albumine du sang ; ce complexe circule ensuite pendant plusieurs heures avant d’être éliminé. Le médicament est inactif tant qu’il n’est pas éclairé avec une lumière non-thermique ; quand il est activé localement par un laser le TOOKAD® réagit avec l’oxygène du sang, le transformant en molécules hyper-actives appelées radicaux libres. Cela déclenche à proximité de la tumeur une cascade d’évènements biologiques qui provoquent un blocage définitif des vaisseaux sanguins de la tumeur qui n’est donc plus irriguée. Ceci induit une série d’évènements biologiques qui tuent les cellules tumorales par asphyxie. Pendant plusieurs heures, la tumeur subit une nécrose non-thermique suivie d’une éradication. Le traitement est ainsi très efficace tout en présentant peu d’effets secondaires, il évite par exemple les disfonctionnements érectiles et urinaires chez la plupart des patients, et ne présente aucun problème à long-terme lié à la toxicité du médicament. Cela a été confirmé dans une étude qui a duré 4 ans publiée dans The Journal of Urology. Afin d’administrer le traitement, de petites fibres optiques connectées à un laser proche de l’infrarouge sont insérées dans la zone cancéreuse de la prostate, en se guidant à l’aide d’une imagerie par résonnance magnétique et par ultrasons. Le TOOKAD® est administré par intraveineuse pendant 10 minutes, sous anesthésie générale ; le laser est ensuite allumé pendant 22 minutes, afin d’activer localement le médicament. Dans la configuration actuellement approuvée pour cette thérapie focale, la VTP TOOKAD® peut être réalisée sans hospitalisation et dure environ 90 minutes. Au bout de quelques heures, un jour tout au plus, les patients peuvent rentrer chez eux et quelques jours après, ils peuvent reprendre leurs activités normales. Cette nouvelle technologie peu invasive offre une alternative unique aux patients ayant reçu un diagnostic de cancer de la prostate peu avancé. 

Ces dernières années, Steba a mené avec succès de vastes essais cliniques sur le TOOKAD® contre le cancer de la prostate dans des hôpitaux réputés en Europe et en Amérique latine ainsi qu’au Memorial Sloan-Kettering (USA). Des centaines d’hommes ayant suivi un traitement avec le TOOKAD® n’ont plus de cancer ou maitrisent la progression de leur maladie – évitant ou retardant des approches plus radicales et quasiment sans effet secondaire. Le TOOKAD® est autorisé dans 31 pays européens, en Israël et au Mexique.

L’entreprise Yeda Research and Development, branche de diffusion du savoir technologique de l’Institut Weizmann, a accordé l’utilisation exclusive de ce médicament à Steba Biotech. Yeda et Steba Biotech ont collaboré pendant plus de 20 ans pour développer ce traitement et continuent de travailler ensemble pour rechercher d’autres applications contre le cancer et administrer ce traitement à ceux qui en ont besoin.

Les recherches du professeur Avigdor Scherz sont financées par la Fondation de la Famille Thompson ; l’institution caritative Leona M. et Harry B. Helmsley ; Sharon Zuckerman ; Lord et Lady Sharp of Grimsdyke ; le Fonds de Recherche sur le Cancer de la Prostate Samuil et Petr Polsky ; le Fonds commémoratif Lotte S. et Felix Bilgrey ; et le Fonds pour la Recherche Berdie et Irvin Cohen de l’Institut Weizmann.

Jonathan A.. Coleman, médecin
Chirurgien urologue
Centre de cancérologie Memorial Sloan-Kettering

Une des techniques non thermiques les plus passionnante que nous avons à disposition est la thérapie vasculaire photodynamique ciblée utilisant un médicament appelé TOOKAD®. Ce médicament est administré en intraveineuse, il passe dans le système circulatoire et peut être activé dans les tissus avec un laser. Nous l’utilisons pour traiter le cancer de la prostate et la FDA a approuvé les essais cliniques menés ici, au Memorial Sloan-Kettering. Nous avons constaté que les patients traités par thérapie photodynamique ont d’excellents résultats dans le traitement de leur cancer. 

Nous pensons même que ce médicament pourrait être utile chez des patients atteints d’un cancer de la prostate plus avancé, présentant donc des tumeurs ailleurs que dans la prostate comme dans les nodules lymphatiques ou d’autres sièges de la maladie comme les os. Nous menons donc en ce moment un vaste programme de recherches précliniques dans lequel nous étudions l’utilisation de la thérapie photodynamique dans le traitement du cancer de la prostate. Cette thérapie a environ 4-5 ans et les essais cliniques aux Etats-Unis ont commencé l’année dernière. Les résultats de cette étude ont montré que les patients traités avec la thérapie photodynamique, qui ont reçu une dose adéquate avec un traitement adéquat, ont un taux de réussite d’environ 80% en termes d’efficacité du traitement ou d’éradication du cancer.