Médicaments contre la migraine

Deux médicaments contre la migraine sont en phase de recherche avancée ; l’un d’eux est en cours de développement dans le laboratoire pharmaceutique israélien Teva. D’après les estimations, au moins un de ces médicaments sera approuvé l’année prochaine.

Une série d’essais cliniques sur une nouvelle génération de médicaments pour la prévention de la migraine semble prometteuse, avec des médicaments qui devraient entrer sur le marché au cours de l’année prochaine. C’est une très bonne nouvelle pour les millions de personnes dans le monde qui souffrent de migraine, puisque les options de traitement actuelles sont limitées et qu’il n’existe aucun médicament spécifique pour traiter ce phénomène qui rend beaucoup de vies pénibles.

La migraine est principalement associée au mal de tête mais en réalité, elle comprend une large gamme de symptômes comme les nausées, les vomissements et la fatigue aussi bien que la sensibilité à la lumière ou au bruit. Toute personne qui a déjà souffert de migraines à répétition sait qu’il existe de nombreux médicaments sur le marché mais qu’aucun n’est spécifique à la migraine. On emploie à la place des médicaments pour d’autres maladies comme la dépression, la pression artérielle élevée ou l’épilepsie, qui peuvent entrainer de nombreux effets secondaires. Un médicament ciblant spécifiquement la migraine est donc une nouvelle passionnante.

De tels médicaments sont étudiés dans deux essais cliniques récemment publiés dans le prestigieux New England Journal of Medicine. Le premier médicament est un anticorps spécifique dirigé contre le récepteur de la protéine PRGC qui est impliquée dans la transmission de la sensation de douleur et joue un rôle dans la maladie. Un anticorps est une protéine  produite par notre système immunitaire dans le but de neutraliser des substances spécifiques qui envahissent le corps.

Les patients souffrant de migraines ont deux fois plus de PRGC dans leur sang pendant les crises. Cette augmentation est si significative que le niveau de cette protéine dans le sang permet de distinguer les patients souffrant de migraines, les personnes en bonne santé et les personnes souffrant d’un mal de tête autre. Cela a conduit à l’hypothèse que cette protéine est centrale dans la maladie et que la neutraliser pourrait donc aider à la traiter.

Pendant l’essai, le médicament Erenumab a été injecté, chez 955 patients vivants dans 121 lieux différents, en tant que traitement préventif contre les migraines épisodiques, c’est-à-dire des migraines apparaissant de temps en temps, moins de 15 jours par mois. À ce jour, c’est le seul médicament qui bloque les récepteurs PRGC dans le cerveau.

Le médicament a été administré par voie sous-cutanée pendant 6 mois et a drastiquement réduit le nombre de crises de migraines : la moitié des patients qui ont reçu le dosage le plus élevé rapportent une réduction de 50% voire plus du nombre de jours par mois durant lesquels ils ont souffert de migraine.

 

« Les résultats de l’essai clinique représentent une vraie transition pour les patients souffrant de migraines : on passe de traitements détournés, aux effets mal compris, à une thérapie conçue spécifiquement pour le traitement des migraines, » dit Peter Goadsby du King’s College Hospital de Londres dans une interview pour le site internet « Science Alert ».

Un autre médicament appelé Fremanezumab, fabriqué par le laboratoire pharmaceutique israélien Teva, a été testé dans le cadre d’un autre essai clinique sur 1.130 patients souffrant de migraines chroniques. L’injection du médicament pendant 12 semaines a réduit d’un tiers le nombre de jours par mois durant lesquels les patients souffraient de migraine, passant d’une moyenne de 13,2 à 8,5 jours par mois. Contrairement à Erenumab, ce médicament cible la molécule PRGC elle-même et pas ses récepteurs. Pour les deux médicaments, aucun effet secondaire significatif n’a été rapporté comparé au placebo.

Les deux études ont montré que le médicament administré avait un avantage significatif comparé au placebo, mais des recherches supplémentaires sur l’efficacité à long-terme et la sécurité doivent être réalisées. Une chose est certaine : nous nous attendons à entendre de plus en plus parler d’anticorps dirigés contre la PRGC, depuis que deux autres entreprises ont développé leurs versions de ces anticorps. Au moins l’une de ces quatre entreprises devrait mettre son médicament sur le marché dans l’année à venir. Reste à espérer que la compétition réduira le coût de ces traitements qui s’élève au moins à 8 500 dollars par an.

Peter Goadsby a déclaré à Migraine Action, une organisation britannique à but non lucratif qui aide les patients souffrant de migraine, que le développement de ces nouveaux médicaments « représente une avancée incroyablement importante pour la compréhension des migraines et leur traitement ».

Simon Evans, directeur général de Migraine Action, ajoute que « la migraine est trop souvent banalisée comme un simple mal de tête alors qu’en réalité elle peut être incapacitante, une condition chronique qui peut détruire des vies… Nous espérons que cela marque le début d’un vrai changement dans la façon dont cette condition est traitée et perçue. »